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"The Lake" un
morceau que j'aime énormément. Tout comme l'album, "I
am a bird now", un véritable poème. Fermez les yeux
et laissez-vous envahir par cette vague d'émotions, de
frissons....même de larmes,
peut-être.
Quand j'écoute cette musique, je
suis loin. Vraiment. Comme si je la connaissais depuis toujours,
comme s'il chantait là, en moi, depuis toujours....Ca
résonne au fond, au plus profond...
"La musique souvent, me prend comme une mer"
Baudelaire....
Voilà un bel
article...
La douceur déchire
" De la douceur, de la douceur, de la
douceur ! », réclamait Verlaine.
Aujourd’hui, la revendication reste audacieuse. Pas facile
d’extirper cette douceur du monde ambiant. Trop souvent
acharnée à faire assaut de virilité, la
musique rock la néglige ou la livre comme une
parenthèse entre deux déchaînements
électriques. Antony sait,
lui, la cueillir et la transmettre. Le dispositif est simple :
la voix, durable et délicat trésor, est placée
au centre. Tout autour d’elle, des cordes qui semblent
l’épouser, un piano dont Antony joue, mais aussi des
cuivres discrets, une rythmique assourdie qui l’accompagnent
et se mettent à son service
émotionnel.
L’envoûtement que provoque cette voix hors
norme est lié à des vertus contradictoires :
avec Antony, la douceur est arrachement. Amours massacrées,
masochisme, tendresse, agonie, délivrance. Dans le mouvement
de la voix qui s’élève pour dire le Mal
(malheur, misère, mélancolie), voici que la douceur
advient comme un fruit paradoxal. Au bout du compte, à
rebours de toute joliesse calculée, elle se donne même
à foison, et comme pour toujours. Le chant de
désolation se convertit en un chant de consolation dont
l’étrange beauté tient à ce subtil
glissement de la douleur à la douceur. C’est cette
mutation qui surprend quand on écoute Antony : la
douceur prend corps avec la peine qui en est la condition, elle
s’épanouit à travers l’expression de la
plainte.
La voix de ce messager de la douceur touche parce
qu’elle vibre. Vibrato, vibrations, vrilles, spirales
d’un chant qui s’enroule, se déroule puis
recouvre sensuellement toute chose, emportant avec lui les
réticences, les résistances. Antony ferait pleurer en
récitant l’annuaire. La vibration de la voix capture
l’oreille, captive le cœur, fend l’âme. A
la fois aérienne et enveloppante, puissante et
feutrée, la voix descend dans les graves, s’avance
avec la force chaude et noire d’un chanteur de blues, de
gospel ou de jazz, ou bien elle s’élève et
plane dans les aigus, y atteint les sommets d’une soprano. En
elle se succèdent ou se fondent le swing d’Otis
Redding et la voltige de Maria Callas. Pour autant, entre rondeur
noire et blanche vaporisation, elle se donne ses propres limites,
trouve sa ligne de conduite et son hygiène
particulière.
Les chansons d’Antony sont des invites à
l’envol. L’idéal y contrarie furieusement les
impasses de la vie prosaïque. « I am a bird girl
now », chante-t-il
encore : ce n’est pas une provocation, c’est sa
vraie vie, son existence telle quelle (pourvu qu’on
l’entende), qu’il proclame et exige de toute la force
de sa foi. Il se construit ainsi une mythologie personnelle qui
restaure l’innocence du désir.En fait, le ciel auquel
aspire Antony apparaît comme une contre-proposition
artistique à la mort et à l’intolérance
qui étendent partout leur empire. Des mélodies de
trois minutes y retentissent comme autant de
petits Chants
d’innocence pour
tisser un univers d’élévation riche de
ressources et de secours où s’élabore à
mesure « un livre que tous puissent
lire ».Car Antony ne tient pas à rester seul.
S’il plane dans ce ciel épuré qu’il a
créé grâce au seul élan de son
désir, il est de ceux qui invitent et partagent. Il y a de
la place dans ce paradis ouvert et accessible, pourvu qu’on
trouve ses propres ailes et qu’on sache les
ouvrir."